Obama ou pas, c’est la routine habituelle en Israël

by frankbarat22

Quatre ans de plus !

Après une campagne présidentielle qui a duré 2 ans, coûté des milliards de dollars, intéressé peu de gens et que les médias ont transformé en course serrée (en terme de vote populaire), enfin, nous avons un vainqueur : Barack Hussein Obama II !

Obama peut être fier. Il a battu l’un des pires candidats (républicains et démocrates confondus) qui ait jamais postulé pour le job de “marionnette en chef du monde” dans une campagne qui s’est avérée être l’une de plus dégradantes pour l’ensemble de la classe politique. Une campagne incroyablement porteuse de divisions, pleine de slogans, de bons mots, de sectarisme, de racisme ordinaire et quelquefois de délire total. Une campagne vide de tout contenu et de véritable programme pour l’avenir. La seule chose qu’Obama a bien faite, pendant cette campagne, c’est de ne pas avoir repris son slogan favori : “Yes we can!” (“Oui nous pouvons”). Une sage décision car après 4 ans (2008-2012) de “No, I won’t! [change a thing]” (“Non, je ne vais pas changer quoique ce soit”), la plupart des citoyens états-uniens se seraient sentis quelque peu insultés de devoir à nouveau entendre ça pendant toute la campagne.

Non, Barack, les gens ne sont pas stupides.

De l’autre cote du globe, en Israël (appelé quelquefois le “51ème État”), pendant ce temps, c’est la routine habituelle. Après tous les discours sur le soutien appuyé de Netanyahu à Romney, le fait est que la ré-élection d’Obama ne change et ne changera rien sur le terrain. Netanyahu a appelé Obama (“son ennemi juré” si vous regardez trop la télé), l’a félicité et a salué sa réélection. Parce qu’en tant qu’ homme politique professionnel, c’est ce qu’on lui a appris. Soyez un vrai faux jeton. Souriez, serrez des mains, riez et même partez en vacances avec des gens dont vous n’avez strictement rien à faire, des gens avec qui vous n’êtes d’accord sur rien, des gens que vous méprisez vraiment. Mais peut-être qu’en fait je me trompe. Tous les hommes politiques professionnels sortent du même moule. Ils sont tous fabriqués avec les mêmes ingrédients et la même recette. Ils se ressemblent tous. Le pacte secret qu’ils ont passé les uns avec les autres, c’est d’agir, au moins en public, comme si, sur certains points, ils n’étaient pas d’accord. Il est important d’entretenir l’illusion, pour les masses, qu’elles ont un choix et que les hommes politiques sont différents. Il y a les bons, les mauvais, les moyens. C’est comme pour les voitures. Vous avez le choix. Mais en réalité, en fin de compte, c’est faux. Les hommes politiques sont comme des robots programmés pour le même carburant. Obama et Netanyahou ne sont pas différents des autres.

Qu’a donc fait Netanyahou avant, après et pendant la réélection d’Obama ?

D’abord, il a fusionné son parti, le Likud, avec Yisrael Beiteinu, le parti de l’actuel ministre des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman, avant la prochaine élection générale en Israël en janvier 2013. Ce serait une erreur de se focaliser sur Lieberman parce qu’il ne fait que dire tout haut ce que la plupart des hommes politiques israéliens gardent pour les conversations privées, mais il est important de comprendre ce que signifie cette coalition pour les Palestiniens. Lieberman a appelé au renvoi d’Abbas et à la dissolution de l’Autorité palestinienne (Israël, en tant qu’employeur d’Abbas et créateur de l’AP, pourrait le faire sans préavis, après tout, nous sommes entrés en récession), ce qui est assez grave lorsqu’on considère qu’Obama et le reste du monde occidental croient vraiment que Mahmoud Abbas est l’homme adéquat pour diriger la Palestine vers un nouveau cycle de “négociations de paix” avec Israël.
Lieberman a aussi appelé à noyer quelques prisonniers politiques palestiniens dans la Mer Morte, à un transfert de la population arabe de 48, au bombardement de toutes les institutions de l’AP à Ramallah (ce qui est déjà arrivé avant lui, du temps d’Ariel Sharon) et que le Hamas soit combattu de la même manière que les USA ont combattu les Japonais pendant la deuxième guerre mondiale (souvenez-vous d’Hiroshima ? Nagasaki ?). La liste est sans fin. Si la coalition Lieberman/Netanyahou l’emporte en janvier, la situation des Palestiniens passera de vraiment mauvaise à incroyablement pire.

Mais peut-être que l’Union européenne décidera qu’un gouvernement aussi raciste, ultra-nationaliste et islamophobe n’est pas le bienvenu. Qui sait, c’est ce qu’elle a fait quand en 2000 lorsque le “Parti de la Liberté” de Jorg Haider était sur le point d’entrer dans le gouvernement autrichien, elle a appelé au boycott du pays entier. Et comme l’UE n’a jamais fait dans le deux poids-deux mesures, nous avons de l’espoir…

Ce qu’ont ensuite fait Netanyahu et son gouvernement, précisément le jour des élections aux USA, c’est d’annoncer la construction de 1.285 nouveaux logements, à Jérusalem Est occupée et de l’autre côté de la ligne verte, dans la méga colonie illégale d’Ariel. Ironie du sort, Israël a également annoncé qu’il pourrait développer la construction des colonies comme sanction si l’AP cherchait un statut amélioré devant l’Assemblée générale des Nations Unies. Israël a un grand sens de l’humour.

Mais si “les colonies sont une menace à la paix”, comme l’a souvent dit Obama, quel genre de réponse le président du monde nouvellement réélu va-t-il donner à son ennemi israélien ?

Va-t-il cesser d’envoyer 3 milliards de dollars par an à Israël ? Va-t-il appeler à des sanctions contre l’État voyou ? Ou peut-être une chose dans laquelle il excelle, un bon vieux changement de régime ? Pour la liberté, la paix et la démocratie.

En fait, il ne fera rien de cela. Parce qu’Obama ou pas, c’est la routine habituelle en Israël.

 (un grand merci a Mireille Rumeau pour la traduction)

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